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Retards de paiement, pourquoi il est urgent d'agir

Posté le : 13/05/2019

Le ministère rend désormais public systématiquement le nom des mauvais payeurs. Sur les cinq premiers mois de l’année, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a déjà infligé près de 5 millions d’euros de pénalités. Et pour ses trois dernières sanctions, elle a vraiment eu la main lourde. Elle vient en effet d’infliger trois amendes de plus de 500 000 euros à trois sociétés ayant enfreint la loi sur le sujet. Le plafond autorisé par la Loi sapin 2 est de 2 millions d’euros. « Un plafond qui ne devrait pas manquer de faire réfléchir les comex », avait souligné Jeanne-Marie Prost, la présidente de l’Observatoire des délais de paiement, en remettant à Bercy son rapport annuel sur le sujet.
La première entreprise sanctionnée est Ciments Calcia, la filiale d’HeidelbergCement. L’entreprise allemande vient d‘écoper de 670 000 euros d’amendes à cause de retards de paiements, estimés à 43,5 jours en moyenne. Ce qui représente une rétention de trésorerie de plus de 3,2 millions d’euros.
Les deux autres mauvais élèves mis à la colle sont France Manche, filiale de l’opérateur du tunnel sous la Manche Getlink, et l’assureur MMA IARD (groupe Covéa) ont également été épinglés pour des amendes de 500 000 euros.
Selon l’Observatoire des délais de paiement, les retards de paiement (DSO, pour Days Sales Outstanding) sont à l’origine des difficultés de trésorerie d’une PME sur quatre et les privent de quelque… 19 milliards d’euros de trésorerie. Et la France fait plutôt partie des mauvais élèves en la matière. Selon la dernière étude de Euler Hermes sur les délais de paiement dans le monde, en 2018, les délais de paiement se sont raccourcis à l’échelle mondiale d’un jour en moyenne (65 jours), quand dans le même temps ils se sont rallongés de 2 jours en France.
« En 2018, les entreprises ont ressenti les premiers signes de ralentissement de l’économie mondiale. Dans un élan de prudence, elles ont imposé des délais de paiement plus courts à leurs clients. Nous estimons que le même scénario se répétera en 2019, d’où ces deux années consécutives de contraction du DSO à l’échelle mondiale », analyse Marc Livinec, analyste sectoriel chez Euler Hermes et auteur de l’étude.
Et le même de rappeler que derrière les moyennes se cachent des situations très disparates. Ainsi en Chine, 1 entreprise sur 4 est payée 4 mois après la livraison. A 92 jours, les délais de paiement chinois restent les plus élevés à l’échelle mondiale.
« En subissant des délais de paiement aussi long, les entreprises chinoises jouent un véritable rôle de banque invisible pour leurs partenaires commerciaux, qu’ils soient basés en Chine, en Asie ou dans le monde » constate Stéphane Colliac, économiste en charge de la France chez Euler Hermes.
Au classement du DSO le plus long, la Chine est suivie par plusieurs pays du bassin méditerranéen : la Grèce (90 jours, +2 jours), l’Italie (86 jours, +5 jours), le Maroc (84 jours, +2 jours), ou encore l’Espagne (78 jours, +1 jour).
En France, le DSO s’est rallongé de +2 jours en 2018. Il atteint désormais 73 jours, soit 9 jours de plus que la moyenne mondiale. La France fait ainsi partie des 10 pays où les délais de paiement sont les plus longs à l’échelle mondiale.
Qui sont les plus mauvais payeurs ? Les entreprises les plus proches du consommateur final. A l’échelle mondiale, en moyenne, le DSO a cru de +1 jour dans les secteurs de l’agroalimentaire, des biens d’équipement, des produits pharmaceutiques et des télécommunications. À l’inverse, les secteurs industriels aux DSO déjà élevés ont connu une amélioration. C’est notamment le cas de la construction (-3 jours en moyenne à l’échelle mondiale), de l’électronique (-2 jours), de l’IT (-2 jours), de l’énergie (-2 jours) et de la chimie (-1 jour). Davantage sensibilisées au risque d’impayés, les entreprises de ces secteurs ont été amenées à imposer des conditions de règlement plus strictes à leurs clients.

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